100km Marche Dodentocht (Bornem-BEL) le 8 Août 2008Je vous préviens, c'est un peu long ...
Vendredi 8/8/08 . L’aventure est entamée depuis plus de 3 mois, sans doute depuis ma déroute aux 20 kms de Bruxelles . Les copains des Berlinus, des Frogus et surtout ceux de ma chère Planète n’avaient pas cessé de surenchérir dans des trucs de oufs, et j’avais moi aussi, envie d’en faire un ! J’avais le mental, de l’endurance, il me fallait donc trouver un projet à ces mesures. Une annonce pour une marche de 100 kms parue sur facebook m’a sauté aux yeux, y avait plus qu’à …(et que son auteur soit remercié !)
De longues marches, accompagnée ou en solitaire, de nuit, de jour, en forêt, en campagne m’ont confortée dans l’idée que j’en étais capable.
Et nous voici, devant la porte de Marc, les clefs enfermées dans la voiture, sous la drache nationale, Pierre et moi, rejoints avec un timing digne d’un coucou Suisse par Vincent. On abandonne lâchement mon tendre et patient mari au 1er arrêt métro et nous voilà partis, direction les bouchons (de champagne) d’autoroute. Marc et Vincent ont l’intention de courir le plus loin possible, une première pour eux aussi. Ils n’ont pas l’air très rassuré mais je ne me fais pas trop de soucis, je sais qu’ils vont y arriver (ils ne peuvent pas faire autrement, je serai dans leur dos)…
Arrivés bien trop tôt, mais c’est tant mieux, je profite bien de l’ambiance, inconfortablement assise et m’en mettant plein les mirettes ! C’est assez unique : des gens de tous poils, de tous âges, certains en chaussures de ville !, avec des (grands) parapluies, qui fument, qui dévorent de gigantesques paquets de frites-mayo, des tas de drapeaux flamands, bien balancés par des drapeaux belges, ça papote ferme en flamand, mais bon, j’étais prévenue … D’ailleurs, à une exception près, je ne remarquerai jamais d’ostracisme à mon égard(mais je dériderais une pierre dans le désert s’il fallait !).Ce que nous racontent les médias serait-il exagéré ???? Bref !
Nous voilà partis, ça marche bien, ça court même. C’est gai, c’est festif ! Les habitants sont devant leurs maisons, avec les chaises, les copains, l’apéro, les petites bougies et les braséros. J’ai même vu quelques divans sortis ! Les jeunes en profitent pour mettre la techno à fond dans leur garage, il y a des chorales, des petits bands. Tout ce petit monde se lâche, dirait-on ! Vers minuit, un village nous accueillera même avec les cloches à toute volée, du 1er au dernier marcheur (et ça va durer des heures). Pauvres habitants !!!
Premier ravito, que de l’eau, des milliers de gobelets bien rangés sur d’immenses tables. L’organisation tient ses promesses … Le parcours est assez varié, mais j’apprécie de quitter les quartiers habités pour monter sur la digue le long de l’Escaut (ce sera d’ailleurs LA petite côte du parcours, rigoureusement …plat !) La nuit tombe, la fraîcheur est parfaite, j’ai trouvé mon rythme, je me sens bien, émue, en route !
Après une boucle, retour sur les lieux du départ, version moderne de la kermesse de Breughel, vite, que l’on s’en aille ! Il est 23h 27, presque 15 kms parcourus. J’allume la frontale, parfait, j’attrape qqes papillons imprévoyants dans mon sillage, pour une fois que je mène un groupe, je ne boude pas mon plaisir. Première usine traversée, on nous propose …de la tarte au riz ! Délicieuse (et j’avais faim !!!). Ma stratégie/ravito : attraper, pas m’arrêter …
Les heures tournent, les gambettes gambadent, j’ai parfois envie de courir (que je réfrène), de grandes bouffées de joie, d’exaltation m’envahissent…jusqu’aux larmes, je dois me méfier.
On passe par des routes secondaires (toutes interdites à la circulation, chapeau !), des chemins pavés, des pistes cyclables, des sentiers de terre (mmmhhh) ; c’est plus calme, chacun s’enferme un peu dans sa bulle. J’ai dans les oreilles les chants de Maria Callas, un régal.
Les étoiles deviennent de plus en plus jaunes, on s’approche de Breendonck. Je m’étais promis un instant de recueillement, j’imagine d’autres marcheurs, il y a longtemps, il n’y a pas si longtemps, leur angoisse, leurs peurs. Ne jamais oublier.
Le sol tremble soudain, le bruit de machines monstrueuses sourd de la terre. Nous sommes dans les entrepôts et usine Duvel. Une mise en scène invraisemblable : des murs de casiers comme longeant un immense labyrinthe m’emmènent au bord du marathon (marchathon ?) à 4h 16, toutes lumières allumées. Quel trip … Consciencieuse, je zappe courageusement le « bière à volonté » et fuis cette île de tentations (mais bien d’autres y auront fini là leur parcours, un bref coup d’œil aura suffi pour l’affirmer …)
Premier échauffement, talon gauche, malgré ma « seconde peau » préventive (en fait, elle a glissé et les plis ont fait le reste. Je pose un tape et change de shoes (je me les trimballe depuis le départ sur le dos, quel luxe de les chausser . Je fais des envieux !)
Panneau des 50 kms à l’aube naissante ( 6 hs du mat, 9 hs de marche, donc) La douleur est bien là. Premier arrêt au poste Croix-Rouge où on me colle un pansement approximatif qui me mettra dans l’inquiétude.
La nuit est finie, dommage, j’aimais bien. Beaucoup de mes compagnons se sont arrêtés après le ravitaillement de Palm (c’est sans doute la goutte de bière de trop) et c’est donc avec un peu plus de champ visuel que je continue ma route .
Je compense la douleur intense en modifiant mes appuis. Pas top, un 2ème échauffement, puis un autre, j’ai vraiment très mal. Le doute s’installe, je suis fâchée : pas comme ça, c’est trop bête !
Nouvel arrêt au poste Croix-Rouge. Une horreur sous les chaussettes, j’insiste pour qu’on me perce tout ça, je VEUX continuer ! On en est à 57 kms, p.t.n, les gars, va falloir s’accrocher … Heureusement mes anges gardiens veillent sur leurs portables, je leur dois de retrouver le courage de reprendre. Les premiers pas sont atrocement douloureux, les autres aussi, d’ailleurs. Je sers les dents, j’essaye de poser ma douleur à côté de moi (je me sers de mes expériences d’accouchement sans péri, je sais que je peux encore le faire) En me concentrant, j’y arrive, mais j’ai besoin d’une attention soutenue.
Mon objectif à ce moment-là : tenir jusqu’au prochain ravito, me faire soigner, changer de shoes, ne pas me laisser envahir ni par la douleur ni par la panique, être PATIENTE !
Les heures défilent, pas les kilomètres, pourtant je vois mes jambes marcher, drôle de feeling, je dois sans doute faire de tous petits pas.
75 kms, il est 11hs du mat (14hs de course) Je dois prendre une décision, ce n’est plus gérable, ce combat permanent entre le physique et le mental. Je prends un dafalgan, tant pis, je déconnecte de mes sensations, je ne veux plus regarder ce qui se trame sous mes chaussettes, je ne change plus de chaussures, je marche à travers tout. L’énergie est à peine entamée, je n’ai pas une seule courbature, je VEUX finir.
Les 25 derniers kms seront pénibles, je ne ferai plus d’arrêt. Je reprendrai même une moyenne horaire « honorable », même le goût de plaisanter (à une dame en sandales : « mijn paard voor uw schoenen » « mon cheval pour vos chaussures ») même les larmes seront de retour à 20kms de l’arrivée :je suis cent-bornarde , je le sais, je le sens, rien ne me fera arrêter, c’est trop tard pour abandonner !
Tous les miens sont venus à ma rencontre, quel bonheur de les voir si frais, si vivants (la Dodentocht, marche des morts, porte décidément bien son nom, on a en effet l’impression de refaire surface).
Je franchis la ligne, je ne sens plus rien d’autre qu’un éblouissement, total, extrême.
Il est 16hs04, je marche depuis 19heures
Mes talons en compote, mes orteils en marmelade et qqes ongles en moins n’y changeront rien. Deux jours plus tard, je n’ai aucun regret, pratiquement aucune courbature, et une seule envie : recommencer … avec une meilleure prépa « cutanée » !
Merci à l’organisation et à tous ses bénévoles, immense
Merci à mes compagnons de fortune, Marc et Vincent, fabuleux athlètes
Merci à Caroline, mon ange gardien bienveillant et attentif tout au long de la nuit
Merci à toutes mes complices, de boulot et/ou d’entraînement
Merci à mes petits chocos
Merci à ma grande fille (je n’oublierai pas)
Merci à Pierre, totalement dévoué à ma cause, avec tendresse, patience et amour.
Annie/Chocotoff/Chou de Bruxelles