Je rejoins mes suiveurs a St Georges, je m’hydrate bien et je me force à ingurgiter des aliments salés, pas facile du tout, je prends un peu de sucré pour compenser. Comme prévu je me fais un petit massage de Synthol sur les cuisses et mollets. On est tous prêts à repartir, toujours sous une fine pluie.
Prochaine étape, St Rome de Cernon, faux plat montant, petite mise en jambe avant d’attaquer la fameuse côte de Tiergues, ça se passe plutôt pas mal même si les 8km qui séparent les deux foyers m’en paraissent le double !! J’ai commencé à croiser les premiers concurrents sur le retour, un petit mot d’encouragement à tous, ça fait toujours plaisir. J’aperçois l’ami Bruno en 7 ou 8éme position, ne le voyant pas dans les 3 premiers je pensais qu’il avait jeté l’éponge. Comme je le disais précédemment sur une autre course, cette place ne reflète en rien sa vrai valeur, mais le bonhomme a fait preuve de grand respect en allant au bout de sa course, bravo.
Je prends aussi mon temps dans le foyer de St Rome, le physique en a pris un sacré coup et j’ai du mal à récupérer de mon soucis gastrique, j’ai du mal à manger quelque chose, rien ne me fait envie. Je ressors du foyer avec la bière pour Marco, direction Tiergues !!
C’est juste avant d’attaquer la côte de Tiergues que j’aperçois Karbone sur le retour, je l’interpelle, je sais pas trop s’il m’a reconnu tant il a l’air concentré. J’ai pu lire sur son visage beaucoup de fraîcheur (c’est pas le cas de tous ceux que j’ai croisé à ce moment là) je jette un œil à mon chrono et je comprends tout de suite qu’ il est en train de réaliser un truc formidable.
Tiergues c’est environ 6 km d’ascencion, les premiers ne sont pas trop délicats et je les cours à un petit rythme, mais quand le dénivelé se fait plus présent, j’abdique et je me mets à marcher ; je marcherais jusqu’au ravitaillement, au sommet. Je signale aux suiveurs que je ne m’y arrête pas et je recommence à trottiner.
On est maintenant dans la descente qui plonge sur St Afrique, je me suis refait une petite santé sur cette partie, je suis bien et j’en profite pour dérouler mes foulées, sans trop forcer. 12 km/h m’annonce Marco surveillant le compteur du vélo, c’est vrai que le terrain se prête bien à la vitesse, mais je suis bien à l’aise, je ne ralentis pas.
Je franchis le panneau «St AFRIQUE », il me tarde d’arriver au ravitaillement, j’ai envie de quelque chose de chaud. Par rapport à l’année dernière le ravito est déplacé plus loin (le foyer n’est pas disponible) ce qui explique certainement le décalage du portique au départ. Par contre j’aurais pas imaginé aussi loin, y’a plus d’1 km par rapport à l’an dernier, faut aussi slalomer entre quelques voitures pour arriver enfin en vue de la petite salle qui servira de refuge pour un petit moment, eh oui il s’est remis à pleuvoir !! Là m’attends une petite délégation de membres de la famille bien à l’abri sous le chéneau de la salle .
Je rentre illico et ingurgite 3 ou 4 carrés de chocolat, une gentille bénévole me propose un thé, j’accepte volontiers tout en servant 2 verres de bière pour trinquer avec Marco et mon frère (je précise à la dame que ce n’est pas pour moi) j’en aurais bien bu une gorgée mais la Valstar pas fraîche beuuuurk !!!!
J’ai 25mn d’avance sur l’année dernière à St Afrique, on est tous là à siroter nos verres bien à l’abri et au vu de ce qui tombe on n’a pas envie d’y retourner lol

. Après une dizaine de minutes de pause, je prends le taureau par les cornes et je m’engage sous la pluie en lançant « Quand faut y aller, faut y aller, Bye bye !! rendez vous à Millau !! »

Je jette un œil sur mon épaule quand même, ça va les suiveurs ont démarrés aussi, dans quelle galère je les ai embarqué !!
100m après le ravitaillement de St Afrique on affronte une véritable tempête, le vent, la grosse pluie, la totale quoi !! Sur un carrefour improvisé, un agent de ville nous facilite la circulation bien emmitouflé dans sa combi, lorsque je traverse j’entraperçois, derrière les essuies glaces lancés à vive allure des automobilistes, des visages ébahis

. Je ne saurais dire s’il s’agit de compassion (« oh les pauvres qu’est ce qu’ils prennent !!! sont vraiment courageux !! ») ou de dédain (« vraiment n’importe quoi !!! faut vraiment être taré pour faire ça !! ça sert à quoi ? »)
ça m’a fait réfléchir quelques secondes sur le regard des autres dans des situations pareilles, mais je reviens vite à la réalité, j’ai du mal à avancer avec ces bourrasques. Pourtant je sais qu’il faut que je continue à courir, je ne dois pas être sous un bon nuage, il faut que je me sortes de là.
Effectivement quelques centaines de mètres plus loin, ça se calme bien, plus de vent et la pluie s’arrête progressivement (elle cessera d’ailleurs à la sortie de St Afrique pour ne plus réapparaître jusqu’à Millau) mais un petit problème technique apparaît, aucun des deux portables embarqués ne fonctionnent, ça aime pas l’eau ces appareils, plus possible de contacter Régis, plus de nouvelles sur le forum, désolé

.
Allez, reste une trentaine de bornes, mes petits problèmes digestif semblent s’être dissipés mais je suis quand même marqué physiquement. On attaque un gros morceaux pour commencer, remonter Tiergues !! Course au début, marche sur le milieu et re-course sur la fin, ça y est elle est passée, j’arrive en vue du ravitaillement au sommet, je m’y arrête 5mn le temps de manger quelque chose et de prendre un cachet, la cheville est douloureuse maintenant, j’aurais dû le prendre un peu plus tôt.
Les cuisses tapent bien dans la descente, je serre les dents

et je continue car je sens les quadriceps se durcir de plus en plus. Je pensais arriver au ravito de St Georges (juste avant la côte du viaduc), j’avais oublié celui de St Rome avant, je passe devant sans m’arrêter mais ce manque de lucidité certains m’a quelque peu affecté. Une erreur de 8km environ mais à ce moment de la course, c’est énorme. La partie entre les 2 ravitos n’est pas compliquée sur le retour (faux plat descendant) mais plusieurs fois il faudra que je marche, le moral en a pris un coup, je m’arrête même au ravito du « Pont du Dourdou », quelques plaisanteries échangées avec les bénévoles et mes suiveurs me remettent du baume au cœur, je repars pour cette fois rallier le foyer de St Georges.
Je passe devant sans m’y arrêter non plus, je sais que dans quelques centaines de mètres se présentera devant moi la côte du Viaduc, 2km qui se feront sûrement à la marche.
La voilà, la fameuse côte, je veux essayer de courir les premiers mètres, heu j’ai du faire 3 foulées

, y’a plus grand chose dans les guiboles. Je marche, les suiveurs descendent de vélo pour le pousser, on est parti pour 2km, à l’assaut du viaduc dans la nuit noire. Le panorama qui nous est offert est magnifique avec ces rochers au loin multi éclairés et bien entendu le viaduc tout scintillant de mille feux si proche et si loin à la fois. Je n’ai plus trop de douleurs physique mais je suis terriblement éprouvé, faut pas que je ferme les yeux sinon je m’endors lol. Je ne sais combien de temps a duré cette montée mais c’est clair que cela n’a pas été rapide, j’ai bien pris mon temps. L’année dernière j’avais recommencé à courir un peu avant de basculer, cette année je n’y arrive pas et il me faudra attendre le dernier moment pour profiter de la pente descendante pour me relancer. Au sommet j’essaies de jeter un coup d’œil sur mon chrono, pas évident dans le noir, et comme je suis pas assez lucide pour trouver le bouton de la lumière j’abandonne, je verrais ça en passant sous un lampadaire. Je voulais savoir où j’en étais, je sais que j’ai perdu du temps sur le retour mais ai-je encore de l’avance sur l’année dernière ? Peu importe, pour faire mieux il va falloir recommencer à courir pour ne plus s’arrêter jusqu’au parc de la victoire le bien nommé.
Voilà la bascule, je remets la machine en marche, Dieu que c’est dur !! Les suiveurs remontent sur leur monture, je leur dis « allez maintenant c’est jusqu’au bout sans escales ! ». 7 petits kilomètres à tenir. Je me laisse « couler » dans la descente, j’observe les suiveurs, eux aussi ils se laissent « couler », mais les jambes sont au repos complet, je les envie à ce moment là.
Dernier ravito au bas de la pente, je le zappe complet, j’ai dit « jusqu’au bout », plus que 5km !!
On approche de Millau, les kilomètres sont de plus en plus long, mes suiveurs me parlent mais j’entends rien, juste le claquement de mes pas sur chaque foulée, j’ai l’impression d’être seul au monde, plus que 4km !!
J’ai une sale envie d’arrêter de courir pour marcher un peu, juste un peu, mais non je sais qu’il ne faut pas, si prés du but. Je visualise mon arrivée, la montée sur le podium, j’en frissonne !! Plus que 3km !!
C’est fou comme les derniers kilomètres sont interminables, ils n’ont pas dû bien les mesurer lol !! Et puis à cette heure ci y’a plus grand monde dans les rues pour vous mettre un coup de boost. Allez les enfants, on y est presque. Plus que 2km !!
Je visualise et revisualise toujours les derniers métres, de l’entrée dans le parc à celle dans la salle. On sait bien qu’à cet instant on ira au bout, mais on en a quand même plein les bottes (heu les baskets). Plus qu’1km !!
Le dernier kilo, J’aurais bien pu regarder mon chrono depuis que je passe sous des lampadaires mais je n’en ai pas envie, peut être peur d’être déçu, de toute façon je ne pourrais guère faire mieux. Je franchis (et le mot n’est pas faible !!) les 2 dos d’âne du centre ville puis vient le premier rond point, allez une foulée puis une autre….. Je perçois à peine les encouragements des suiveurs, voici enfin le deuxième rond point et aussitôt après la grande ligne droite et tout au bout la délivrance. Les portes, non pas du paradis, mais celles du parc sont là à quelques centaines de métres, j’essaie d’allonger les foulées pour finir plus vite, je suis épuisé. Pas l’ombre d’un concurrent ni devant ni derrière moi pour espérer une motivation supplémentaire, toujours des pensées positives….
Lorsque je pénètre enfin dans le parc, un sentiment de bonheur m’envahit, surtout que j’ai enfin pris le temps de scruter mon chrono, je sais maintenant que je ferais mieux que la première fois, quelques foulées encore dans le parc pour rejoindre la salle, c’est que du bonheur. Le reste de la famille est là, m’attendant patiemment devant l’entrée de la salle. J’avais convenu de faire les derniers mètres et la montée du podium avec mes deux plus jeune supportrices du jour mais elles se sont désistées au dernier moment, cachées derrière les barrières de sécurité, ça va ça va j’irais plus vite la prochaine fois, ah ces gosses j’vous jure

!!
Allez les 2 derniers efforts, et hop la passerelle pour entrer dans la salle, quelle chaleur une fois dedans, et re-hop la montée sur le podium, j’arrête le chrono : 12h48.
Je m’attarde pas plus dans la salle, il fait lourd, c’est irrespirable. Je préfère reprendre doucement mes esprits à l’extérieur, Séverine se charge de récupérer mon diplôme. Bien évidemment je suis très satisfait de mon chrono, 13mn de gagnées sur l’année dernière, c’est pas mal au vu de mon état physique. Je suis très fatigué, le temps pluvieux durant plus de 50km y est certainement pour quelque chose. Je rejoins toute la famille au moment où les meneurs 13h en finissent à leur tour. On va pas trop tarder, j’suis apparemment pas le seul à être cuit, on boira le dernier verre au gîte
Arrivé sur place, je n’ai qu’une hâte c’est de plonger dans mon lit, je reste un petit moment quand même pour siroter ma bière en compagnie de tout le monde puis je salue l’assemblée, encore un dernier effort, une vingtaine de marches à monter, pour rejoindre la chambre (même pas la force de prendre une douche).
Je me pose sur le lit et m’endors presque aussitôt, je sombre dans un profond sommeil

où je refais ma course une seconde fois (bon là c’est plus facile).
Le lendemain matin, le réveil est assez facile, les idées claires mais les jambes lourdes, je me dirige sans hésiter sous la douche (ça fait du bien !!). Après un bon repas à ressasser nos exploits de la veille, on reprendra tout doucement le chemin du retour avec encore plein de souvenirs de ce week-end bien arrosé !!
Je tiens à remercier les courageux et téméraires suiveurs ainsi que toute la famille pour leur présence et leur soutien, ça aide à aller au bout

. Merci à vous tous aussi et à l’année prochaine, fin Septembre.
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